La Revue Tunisienne de Science Politique
Edition Nirvana
Deadline: Fri, 15 Mar 2024
Contact: hat.mrad@gmail.com
La Revue Tunisienne de Science Politique lance un appel pour publication dans son 11ème numéro dédié au thème « Corps intermédiaires et représentation », à paraitre vers la fin du premier semestre de 2024.
La Revue, dont la parution est biannuelle, publie des articles en français, arabe et anglais, conformément à ses charte scientifique, charte éthique et modalités de soumission et d'évaluation des articles.
Les propositions d’articles doivent parvenir à la rédaction au plus tard le 15 mars 2024. Un résumé de 6 lignes au maximum doit être transmis au préalable au comité de rédaction.
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Argumentaire
La notion de corps intermédiaires est autant polysémique qu’extensible à une infinité de groupes et d’organisations constitués dans l’intention d’entreprendre une action collective vouée à interpeller les dépositaires du pouvoir d’État et peser sur les processus de gouvernement. Tout acteur collectif, pourvu qu’il se situe à la jonction des individus et des centres de décision politique, se dote de structures pérennes et fédératrices de ses membres et de moyens d’influence et d’interactions avec les pouvoirs publics, s’imposerait et s’apprécierait comme médiateur, peu ou prou honni ou béni.
Partis politiques, groupes de pression, syndicats, corporations professionnelles, médias, associations militantes, cercles d’experts, pour ne s’en tenir qu’à ces entités, forment alors, dans les sociétés contemporaines, la constellation centrale des corps intermédiaires. Ces coalitions d’intérêts et/ou de valeurs, plus ou moins pourvues en ressources matérielles, organisationnelles et symboliques, se révèlent simultanément les partenaires et les contre-pouvoirs censeurs des instances gouvernementales dans nos sociétés complexes en voie de pluralisation croissante.
Ces acteurs collectifs interviennent dans les processus de représentation politique selon deux modalités principales. D’une part, ils se révèlent les lieux de construction d’une conscience collective et de défense d’intérêts communs au bénéfice d’individus qui risqueraient sinon l’isolement et l’écrasement par un pouvoir politique tutélaire et autocentré. D’autre part, ces acteurs s’instituent comme les interlocuteurs privilégiés, tout au moins obligés, d’un pouvoir politique qui y recourt comme des relais incontournables pour se renseigner et contrôler, négocier et répercuter ses politiques sur le terrain, parmi les secteurs de la société.
Que ce soit dans les systèmes pluralistes, monopolistiques ou hybrides, les corps intermédiaires assument ainsi une fonction de représentation à double sens, ascendante et descendante, des gouvernés auprès des instances gouvernementales et inversement. Il s’agit alors de répertorier les modalités de cette représentation, les intérêts et les valeurs qui la portent et qu’elle met en jeu, les contraintes et les stratégies des parties prenantes, les pratiques discursives stigmatisantes ou laudatrices des corps intermédiaires, leurs ressources de légitimation et d’action, aussi bien que leurs potentialités et dérives au regard des exigences du gouvernement démocratique.
Il ne faut en même temps pas se méprendre quant à l’ambivalence des effets de ces formations interposées sur la représentation pleine et universelle de toutes les visions et revendications légitimes. Elles filtrent et amplifient les unes tout en reléguant les autres à l’expression intermittente, parfois violente, par les mouvements sociaux et les mobilisations manifestantes. L’interrogation sur l’action des corps intermédiaires mène dès lors à établir qu’ils sont à la fois des agents de pacification et de conflictualisation de l’espace public. Il reste à savoir comment, par et contre qui, dans quelles conditions et selon quelle proportion le sont-ils cumulativement.
Cette réalité inextricable et contingente, sublimée en péril imminent qui joue la survie d’une nation, est une bénédiction pour le populisme. Elle dessine une césure où s’engouffre une prétention revivaliste uniformisante qui se prédestine à réécrire l’histoire et réinventer l’âge d’or d’une communauté exposée à l’implosion. L’intervention des corps intermédiaires dans la représentation et la gouvernance de la pluralité des intérêts et des valeurs, caractéristique des sociétés post-modernes, est nommée délit sinon trahison.
La montée des populismes de tout bord (de gauche comme de droite), dans les pays en crise de transition démocratique (Tunisie, Hongrie, Pologne) ou dans les démocraties (dé)consolidées (États-Unis de Donald Trump, Brésil de Jair Bolsonaro) est inséparable de l’entrée en scène de chefs-justiciers et l’installation de régimes à ligne autoritaire et souverainiste assumée, souvent assez massivement acclamée. Ces régimes discourent sans débattre, haranguent les foules sans informer, inculpent sans instruire.
La représentativité des groupes intermédiaires est, dans de tels pays se découvrant réceptifs aux élans de la régression démocratique, est dénigrée. Ils sont pêle-mêle dénoncés de confisquer la parole et la subsistance du peuple, de désintégrer l’État et d’aliéner la souveraineté nationale, d’affiliation à l’étranger et aux lobbies de l’économie et de la finance mondialisées. Plus fondamentalement, la stigmatisation et la marginalisation des ententes inter-individuelles pérennes pour plaider des utilités et des visions singulières prolonge la lutte du populisme contre les élites établies.
La charge contre ces ordres d’articulation de l’action collective politiquement influente, pris pour les concurrents d’un État prétendument impénétrable, signe une autre manche de l’offensive contre les élites politique, intellectuelle, militante, entrepreneuriale ou technicienne. Il n’est alors pas anodin que l’anti-élitisme des régimes populistes prend prioritairement pour cible les plateformes de structuration et de pression des élites que sont les corps intermédiaires.
Derrière l’accusation des formations d’action collective de toute sorte, c’est invariablement le pluralisme démocratique, comme donné et comme idéal de gouvernement, qui est désavoué, congédié par annulation de ses conditions et vecteurs d’exercice. Les régimes autoritaires-populistes semblent promus à se maintenir aussi longtemps qu’ils parviennent à agencer un discours de célébration du Peuple-Un, essentialisé et posé indécomposable, et stratégie d’atomisation systématique des individus pour mieux en maitriser les consciences et les allégeances.











