Political Science News - Call for Papers

La science politique face aux objets complexes : pratique et défis de l’interdisciplinarité

Université de Lausanne
Lausanne, Switzerland
5 February, 2015 - 7 February, 2015
Application Deadline: 1 September, 2014

La santé publique et l’énergie posent des défis majeurs à nos sociétés. Ceux-ci sont parfois abordés comme des wicked problems, c’est-à-dire des enjeux complexes, instables, transversaux à plusieurs secteurs d’action publique et qui mobilisent une diversité de savoirs et d’acteurs. Ces enjeux interpellent l’étude des politiques publiques d’au moins deux manières. D’un côté, la recherche spécialisée dans le domaine de l’énergie ou de la santé publique vise à identifier des solutions politiques concrètes (policy). De l’autre, des chercheurs en analyse des politiques publiques priorisent moins la résolution de problèmes en soi et mettent davantage l’accent sur la compréhension des rapports de force entre les acteurs dans l’élaboration de ces politiques publiques (politics). Cette tension entre résolution de problème et compréhension d’un enjeu particulier dans le contexte de l’action publique n’est pas nouvelle et renvoie aux tensions qui ont historiquement traversé la science politique. Toutefois, elle se pose de façon plus aigue dans ces domaines fortement interdisciplinaires et donc plus autonomes de la science politique.

Cette section thématique prend la tension entre la résolution de problèmes et la compréhension de la dimension politique (politics) de l’action publique comme point de départ et s’interroge sur les défis que rencontrent les chercheurs de science politique qui s’intéressent aux domaines de l’énergie et de la santé publique. Parmi ces défis, nous en soulevons trois, en lien avec les attentes, les connaissances et les institutions de la recherche. Le premier défi est celui de la tension – rarement explicite – entre les attentes du domaine de spécialité et les attentes des chercheurs en politiques publiques. Comment concilier les attentes empiriques des uns et les attentes théoriques des autres ? Faut-il – et comment – répondre aux attentes fonctionnalistes des spécialistes qui, bien souvent, recherchent des modèles ou des modes d’emploi pour influencer l’action publique ? Comment cela influence-t-il la formulation des questions de recherche et des protocoles de recherche ?

Le deuxième défi est celui de la production de connaissances pertinentes aussi bien pour l’ambition concrète de la résolution de problèmes que pour l’ambition d’abstraction conceptuelle de l’analyse des politiques publiques. Jusqu’à quel point le chercheur a-t-il besoin d’atteindre un niveau fin de connaissances spécialisées ? Pourrait-il avoir à la fois la reconnaissance de ses pairs et des spécialistes ou faut-il choisir un camp ? À quel public s’adresse-t-on et comment (revues, conférences, rapports, etc.) ? En quoi cela entraine-t-il une hybridation des cadres théoriques pour les adapter à la spécificité des domaines de l’énergie et de la santé publique?

Enfin, la double tension susmentionnée se répercute aussi sur le plan du financement de la recherche. La plupart des pays disposent d’organismes subventionnaires spécifiques pour la santé (par exemple, les Instituts de recherche en santé du Canada) ou mettent l’accent sur des thèmes (par exemple, le programme national de recherche PNR 71 sur l’énergie en Suisse) qui sont jugés pertinents du point de vue sociétal. Ces organismes reprennent souvent les attentes des domaines spécialisés, une posture de résolution de problèmes et de fortes incitations à mettre en place des projets de recherche interdisciplinaires. Comment les chercheurs en politiques publiques s’ajustent-ils à ces obligations institutionnelles ? En quoi est-ce que cela affecte la manière de faire de la recherche (seul ou en partenariat avec les milieux de pratique ?) et de diffuser les connaissances ainsi produites ? Cela laisse-t-il encore une place à des recherches à l’ambition d’abstraction conceptuelle ?

Cette section thématique vise les objectifs suivants : premièrement, établir un état des lieux des expériences des chercheurs œuvrant à l’intersection de la science politique et des domaines complexes et interdisciplinaires (tel que, mais pas exclusivement, la santé publique et l’énergie); deuxièmement, identifier les obstacles dans la collaboration entre politologues et spécialistes des domaines complexes et réfléchir aux arrimages éventuels de logiques de recherche différentes; troisièmement, envisager des stratégies d’adaptation à l’évolution des contraintes de financement. Elle encourage la présentation de réflexions ancrées dans des expériences personnelles de recherche aussi bien que des études de cas de pratiques de recherche à l’interface entre l’étude des politiques publiques et les domaines complexes.

Organisateurs:

Carole Clavier, Université du Québec à Montréal, clavier.carole@uqam.ca

Aurélien Evrard, Université Sorbonne-Nouvelle (Paris 3), aurelien.evrard@univ-paris3.fr

Maya Jegen, Université du Québec à Montréal, jegen.maya@uqam.ca

Les propositions de communications devront être déposées sur le site du colloque d’ici le 1er septembre 2014 : www.unil.ch/cospof15.

Politiques publiques et management public

Université de Lausanne
Lausanne, Switzerland
5 February, 2015 - 7 February, 2015
Application Deadline: 1 September, 2014

David Giauque, Université de Lausanne, Institut d’études politiques et internationales, david.giauque@unil.ch
Yves Emery, Université de Lausanne, Institut de hautes études en administration publique, yves.emery@unil.ch
Céline Desmarais, Université de Savoie, IUT, celine.desmarais@univ-savoie.fr
François Pichault, Université de Liège, HEC-Ecole de gestion, F.Pichault@ulg.ac.be
Isabelle Fortier, Ecole Nationale d’Administration Publique, Isabelle.Fortier@enap.ca

La science politique se trouve confrontée, à l’image d’autres sciences, à deux mouvements contradictoires : une hyperspécialisation induisant un foisonnement de sous-disciplines de plus en plus autonomes et auto-référentielles et, d’autre part, une hybridation avec l’apparition d’autres disciplines scientifiques qui s’immiscent dans les sujets traditionnellement « politiques » (Gibert 2002). Ainsi en est-il du management public qui étend son champ d’influence à la science politique, souvent en réduisant les sources de légitimation de l’action publique à la seule rationalité économique et managériale (Thoenig 2000). Cette section thématique est l’occasion de se pencher sur les conséquences de cette hybridation, à travers plusieurs thématiques empiriques questionnant le lien entre politique et management publics :

·         Politisation du management et managérialisation du politique. L’actualité nous donne à constater une managérialisation grandissante de la sphère politique (de Visscher 2004). Dans le même temps, des études récentes démontrent que les bureaucraties publiques se politisent, notamment par des nominations « politiques » des hauts cadres de l’administration publique (Rouban 2009). Quelles sont les conséquences de ce brouillage des sphères politiques et administratives sur l’action publique, les valeurs publiques, l’éthique publique, les responsabilités politiques, ou encore les nouveaux marchés bureaucratiques (Public Service Bargain) ?

·         Managérialisme et consultocratie. La prolifération des think tank et le recours accru aux consultants ont transformé le rôle que les experts jouent dans l’élaboration des politiques publiques. Plusieurs de ces expertises ne se contentent plus d’une posture de neutralité scientifique mais entrent de plein pied dans les débats en défendant des postures spécifiques (Rich 2004). Quels enjeux et quelles conséquences cette consultocratie entraîne-t-elle pour le pilotage politique et managérial des administrations publiques ? Quels sont les nouveaux équilibres entre la confiance, la place, et la légitimité accordée aux expertises internes et externes dans l’élaboration de politiques publiques?

·         Discipline et indiscipline des agents publics de terrain. Lorsque l’on parle de politique publique et de management public, le sujet  de la « street-level bureaucracy » est alors incontournable (Lipsky 1980). Les « bureaucrates de terrain » qui se trouvent en contact direct avec les citoyens ont pour mission la mise en œuvre des politiques publiques en adaptant les normes aux vécus spécifiques des populations qu’ils sont amenés à « administrer » (Buffat 2009). Cette « déviance » à la « norme » représente une source d’innovations et d’améliorations des politiques publiques, tout en étant parfois considérée comme une forme d’« indiscipline » des agents de terrain. Quelles lectures peuvent en être faites et quelles en sont les conséquences en matière de politiques publiques ?

Toutes les propositions de communication (maximum 1'500 mots) devront impérativement être déposées le site web du congrès à l’adresse suivante : www.unil.ch/cospof15 pour le 1er septembre 2014 au plus tard.

Références bibliographiques :

Buffat, A. (2009). Les réformes au prisme de l'autonomie et du contrôle des agents publics de base: le cas de la politique suisse du chômage. Pyramides, 17, 69-92.
de Visscher, C. (2004). Autorités politiques et haute administration: une dichotomie repensée par la NGP? Revue Internationale de politique comparée, 11(2), 205-224.

Gibert, P. (2002). L'analyse de politique à la rescousse du management public ? ou la nécessaire hybridation de deux approches que tout, sauf l'essentiel, sépare. Politiques et management public, 20(1), 8-13.

Lipsky, M. (1980). Street-level Bureaucracy: The Dilemmas of Individuals in Public Service. New York: Russel Sage Foundation.

Rich, A. (2004). Think Tanks, Public Policy, and the Politics of Expertise. Cambridge: Cambridge University Press.

Rouban, L. (2009). La politisation de l'administration en France ou la privatisation de l'Etat. Télescope, 15(1), 52-64.

             Thoenig, J.-C. (2000). L'aventure des réformes administratives est aussi une affaire de professionnalisme. In Y. Emery (Ed.), L'administration dans tous ses états (pp. 163-173).  Lausanne: Presses polytechniques et universitaires romandes.